Romans et récits, tome II – Romain Gary

66,00

Catégories : ,

Description

La réalité n’est jamais aussi belle que le rêve d’une mère. Gary a connu d’éclatants succès, mais il a vu son œuvre se heurter à des réticences. La popularité de l’écrivain et sa reconnaissance n’ont pas marché du même pas. Ce n’est pas exceptionnel, et cela s’explique. Les obstacles à une consécration rapide étaient multiples. Le style de l’homme a pu en être un. La manière du romancier en fut un autre.
Gary a été un extraordinaire raconteur d’histoires et un inventeur de personnages en un temps, l’«ère du soupçon», où ces notions, l’histoire, le personnage, étaient réputées périmées. Or pour lui, le récit – l’histoire – n’est pas la part honteuse du roman. Mais c’est se tromper lourdement que de voir en lui, sous ce prétexte, un écrivain conventionnel. La mise en abyme dans Éducation européenne, la polyphonie des Racines du ciel, la voix narrative fantastique dans La Danse de Gengis Cohn, la dimension autofictionnelle de La Promesse de l’aube et de Chien Blanc, la temporalité dans Les Enchanteurs ou l’inventivité verbale et les dispositifs narratifs d’Émile Ajar ne sont pas précisément des signes de soumission au roman hérité du XIXe siècle. Encore faut-il, pour s’en aviser, ne pas passer à côté d’une prose qui mélange les genres, avoue ce qu’elle doit à la poésie et s’autorise toutes les libertés, à commencer par un humour qui a pu déconcerter autant qu’il séduit, parce qu’il va de l’ironie la plus fine au grotesque le plus assumé. Cet humour n’est pas un ornement : il est fondamental. D’une part, il conjure la tentation de l’idéalisme ; de l’autre, il permet de «désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus».
Le réel, voilà l’ennemi. Gary l’appelait «la Puissance». Il a plusieurs visages : guerre, bêtise, vieillissement, solitude… Gary est sensible au tragique de l’Histoire et au malheur des hommes. Ça l’agace : «J’ai tout le temps mal chez les autres.» L’humour est donc une défense. L’imaginaire, un refuge. «Nourris de ce siècle, jusqu’à la rage», les livres de Gary ne sont pas des romans historiques. Ancrés dans l’imaginaire autant que dans l’Histoire, ils relèvent de la «mystique» littéraire de l’aventure qu’ont illustrée, avant lui, Kessel, Cendrars, Saint-Exupéry, et Malraux bien sûr. Cette conception de l’aventure n’est pas de celles qui produisent une littérature populaire de grande diffusion : elle engage une réflexion sur la condition humaine.
L’aventure et l’imaginaire luttent aussi contre une forme particulière de réalité, l’identité. Chez Gary, le je est une clôture, un piège. Ce qu’il y a de permanent dans son identité l’exaspère. Il lui faut s’évader, courir le monde, muer comme un python, se «séparer un peu de [s]oi-même», changer d’identité et vivre d’une vie pseudonyme, au risque de s’y brûler. «L’aventure Ajar» est bien connue, mais on y a souvent vu une imposture. C’était autre chose : l’affirmation des pouvoirs de la fiction, et un défi lancé aux «lois de la nature», qui mènent à la mort.

Prix public TTC 66,00€
Titre ROMANS ET RECITS II
Auteur ROMAIN GARY
Éditeur GALLIMARD PLÉIADE
ISBN 9782070147106


« Romain Gary n’est jamais tout à fait devenu un classique. Peut-être est-ce là un indice pour le lire vraiment : parce qu’iconoclaste et inclassable, son œuvre résiste à cette appellation. Bien qu’étant un des auteurs les plus lus, il fait figure de marginal dans les Lettres françaises. Le romancier a cultivé avec constance le mythe de l’affranchi, du cosaque des lettres, en prisant les personnages de parias, de marginaux et de saltimbanques. Éternel insatisfait de soi, éternel écorché vif, il a entretenu le doute sur sa biographie, brouillé les pistes, recouru aux pseudonymes, toisé la bienséance littéraire, choqué par son irrévérence face aux canons du style et de la construction romanesque, par ses déclarations à brûle-pourpoint et son humour noir.
Si l’œuvre de Gary n’a pas toujours été perçue comme de premier plan, c’est aussi qu’il est un écrivain dont la vie suscite le plus grand intérêt du public, au détriment parfois d’une lecture attentive de ses textes. Son nom charrie en effet toute une imagerie. Il s’agirait donc de ne pas le réduire à quelques traits biographiques (le séducteur, le mari de Jean Seberg), à quelques prouesses littéraires (l’affaire Émile Ajar, les deux Goncourt) ou à quelques livres fétiches (Les Racines du ciel, La Promesse de l’aube). Car sous la plume de Gary se fait entendre une voix singulière, aux tonalités multiples. La voix d’un écrivain engagé, fidèle à la France Libre et à de Gaulle, celle d’un romancier en révolte contre l’étroitesse des idéologies, qui n’a jamais dérogé aux exigences qui furent les siennes : le refus de désespérer et la poursuite de l’idéal. Un clown lyrique, un mangeur d’étoiles, un enchanteur, comme le disent si bien ses titres. »

Maxime Decout

Conçu et réalisé spécialement à l’occasion de la promotion, l’Album Pléiade Romain Gary est offert* par les libraires pour l’achat de trois volumes de la collection à partir du 16 mai 2019.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

dix-huit − dix =